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      « Les dystopies ont un effet placébo qui favorise une résignation collective »

      Sébastien Gallot, LinkedIn Actualités

      Depuis quelques années, les dystopies envahissent nos écrans et librairies, prisées par un public toujours plus nombreux. Initialement perçus comme des biens culturels populaires, ces contenus semblent aujourd’hui prédire un futur inéluctable dans une déprimante prophétie auto-réalisatrice.

      Les 4 saisons imaginées par la Red Team de l’Agence de l’Innovation de Défense (AID) ont permis de mettre en lumière la reconnaissance du rôle stratégique de la science-fiction, et des fictions en général, au plus haut niveau de l’administration française. Désirant passer l’initiative de prospective à l’échelle, la Direction Générale de l’Armement (DGA) a lancé ces dernières semaines le programme grand public « Radar » avec le soutien du Ministère des Armées. Alors qu’une incertaine saison 8 de la série TV britannique Black Mirror est appelée des vœux du public, et si nos rêves étaient tout autant stratégiques ?

      Déjà-vus.

      Georges Orwell avait-il prédit notre présent, ou avait-il contribué à le faire advenir ? En écrivant “1984”, l’auteur ne se doutait probablement pas qu’il définirait, outre un repoussoir, un guide des bonnes pratiques, une méthode dans laquelle des communicants et propagandistes semblent désormais puiser des inspirations. Si les livres d’Histoire sont politiques, les fictions le sont tout autant. Il ne s’agit pas de prêter à chaque œuvre une intention de domination consciente, mais de constater que, dans un système saturé de récits, les effets produits comptent souvent davantage que les motivations initiales de leurs auteurs. Le futur serait-il donc déjà là ? Que cela dit-il de l’époque ? Et, au passage, que penser de l’influence du Pentagone sur Hollywood et de la conjuration techno-libertarienne ? Dire le futur revient surtout à conditionner les choix présents et brider, parfois flécher l’horizon des possibles.

      L’écrasante majorité de ces fictions ne relève certainement pas d’un complot coordonné. Elle relève sans doute davantage d’un alignement progressif entre logiques économiques et peurs collectives, qui finit par rendre certains futurs pensables… et d’autres impensables. Ce glissement est puissant car il est diffus, potentiellement involontaire et culturellement désirable : ce ne sont pas seulement des ordres qui s’imposent, ce sont surtout des évidences qui s’installent.

      De la psychologie des foules à la coercition de nos imaginaires.

      Dans notre monde polarisé, fragmenté et résolument pessimiste, la guerre cognitive bat son plein, propulsée à l’échelle par l’intelligence artificielle générative. Il y a 2500 ans, Sun Tzu écrivait déjà : “L'art de la guerre, c'est soumettre l'ennemi sans combat”. Si l’on parle de guerre culturelle, les conséquences de la familière fenêtre d’Overton, portées notamment à l’écran par Canal+ dans la série TV française “La fièvre”, ont les apparats d’une fatalité. En y projetant une mise en abîme, écrire un futur comme l’a fait cette fiction ne pourrait-il pas aussi le façonner à son image ? Un Overton en abîme, en somme : Inception.

      Derrière un regain d’intérêt populaire qui questionne les obsessions de l’époque, les biens culturels dystopiques ont-ils parfois une vocation d’acceptabilité, plus que d’avertissements ? D’abord sidérés, nous comptons par la suite et dans une fascination macabre la justesse des signes prenant ostensiblement les trajectoires de bien des séries TV et films de science-fiction, succédant eux-mêmes à une forte recrudescence de romans d’anticipation et d’essais à vocation dystopique. Dissociation collective ? Dans ces derniers, nos sociétés sont souvent réprimées par des régimes autoritaires et technologiques. Ces divertissements nous soumettent à un futur monopolistique que nous percevons peu à peu comme inévitable : résignés, nous ne combattons plus. Les dystopies ont donc un effet placébo en faveur d’une résignation collective. Si, dans la guerre froide, les superhéros des comics étaient davantage le miroir des angoisses américaines qu’une histoire de collants et de superpouvoirs, que penser de nos obsessions post-modernes ? Ces mêmes biens culturels servent aujourd’hui, à l’évidence, à rendre acceptables des choix de société, telle la surveillance de masse dans “Batman : The Dark Knight”.

      Rêvons, c’est politique.

      Il y a 50 ans, face à l’anxiété nucléaire, le mouvement hippie prit de l’ampleur : des idéalistes refaisaient le monde et le changeaient par la même occasion, précurseurs de la fin de la guerre du Vietnam. De nos jours, seuls résistent les imprimés floraux, les psychédéliques et les moustaches : dans la morosité ambiante, le fatalisme et le repli conséquent semblent avoir grandement limité nos capacités à faire société et fabriquer ensemble un futur désirable.

      Créatifs, autrices et auteurs, productrices et producteurs, poètes, artistes, scénaristes, face au chaos et à la prédation qui s’érigent comme inéluctables, il est urgent d’apposer des uchronies comme armes de mobilisation et cohésion. Rêver et faire rêver à un monde et un avenir meilleurs plus que réagir et se construire vis-à-vis d'épouvantails, rendre à notre jeunesse l’espoir que l'époque leur a confisqué est une affaire on ne peut plus sérieuse et littérale pour permettre au plus grand nombre de penser et agir au présent. Le véritable combat n’oppose pas le réel à la fiction, mais des futurs possibles entre eux : ceux qui enferment, résignent et anesthésient, et ceux qui ouvrent, mobilisent et rendent à nouveau désirable l’idée même d’un avenir commun.

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